L’histoire de l’abbaye

Classée Monument Historique depuis 1947, l’abbaye Saint-André et ses jardins apparait dans de nombreuses pages de la grande Histoire. D’un simple ermitage reculé au VIe siècle va naître une abbaye qui rayonnera au XIIIe et XIVe siècle.

Le mont Andaon situé à 68 m de haut sur la rive droite du Rhône, le mont Andaon possède une situation géographique convoitée peut-être dès l’époque gallo-romaine.

Dans la seconde moitié du VIe siècle, sainte Casarie, comme d’autres ermites, se retira dans une grotte du mont Andaon, où elle mourut en 586. La vénération qui entoura son tombeau est à l’origine de l’important cimetière au flanc de la colline et de l’établissement de religieux dont la situation resta longtemps précaire. Au Xe siècle, la communauté, qui suit la règle de saint Benoît, apparaît régulièrement constituée, approuvée en 982 par Garnier Evêque d’Avignon, et en 999 par le Pape Grégoire V.

La puissance du monastère s’accroît rapidement. Tandis qu’une chapelle se dresse au-dessus de la grotte de la sainte, deux églises sont érigées de part et d’autre de l’ancien cimetière, Saint-Martin en 1024 et Saint-André consacrée en 1118 en présence du Pape Gélase II. A cette date, une bulle du Pape Gélase énumère les 80 prieurés qui dépendent déjà de l’Abbaye sur les deux rives du Rhône. Au XIIIe siècle, après le siège et la capitulation d’Avignon, s’ouvre un chapitre nouveau de l’histoire de l’Abbaye avec l’acte de paréage conclu entre l’abbé Bertrand de Clausonne et le Roi Louis VIII en 1226 et confirmé par Philippe Le Bel en 1292. Il reconnaît les droits seigneuriaux des abbés de Saint-André qui les libèrent de la tutelle d’Avignon et ordonne la construction du Fort Saint-André, marche avancée du royaume de France face à Avignon. Le fort sera achevé probablement vers 1372 (constituant aujourd’hui l’un des plus remarquables ensembles de fortifications du XIVe conservés en France). La plus grande prospérité de l’Abbaye royale se situe au XIIIe et XIVe siècle. Le nombre de moines s’élève à plus de 90 et un inventaire de 1307 permet de mesurer la richesse de sa bibliothèque. L’abbaye, bien administrée, jouit d’un domaine temporel considérable sur la rive droite du Rhône, auquel s’ajoute les revenus de près de 200 prieurés dans toute la région Languedoc – Provence. Les années sombres du XVe siècle et surtout du XVIe siècle voient s’accentuer la décadence.

A partir de 1637, avec l’installation de la Congrégation de Saint-Maur et la renaissance spirituelle, s’amorce un ambitieux programme de reconstruction du monastère, dont on doit la conception et une partie de la réalisation à Pierre Mignard, architecte du roi. L’église Saint-Martin, dont la voûte s’était effondrée en 1603, est reconstruite et redécorée : colonnes de marbre rouge, monumental tabernacle…, ainsi que la chapelle de la Vierge entre les deux églises. De hauts murs délimitent l’enclos dominé par la chapelle Sainte-Casarie. Selon un plan classique, le palais abbatial aligne un grand bâtiment de deux étages qui se dresse sur la terrasse soutenue par de puissantes voûtes piranésiennes, terminé de chaque côté par deux pavillons à fronton de trois étages. L’architecte Jean-Ange Brun aménage dans la seconde moitié du XVIIIe la cour d’entrée du pavillon aux salles superbement voûtées. Une volonté d’affirmer avec éclat la puissance de l’Eglise en contraste avec les onze moines habitant les lieux en 1790.

La Révolution dispersa les moines le 3 sept. 1792. D’abord transformé en hôpital militaire, l’Abbaye fut vendue à un marchand de biens qui en décida la démolition et la vente des matériaux. Seuls furent épargnés le beau pavillon d’entrée qui servit d’habitation et la grande terrasse soutenue par d’admirables voûtes, témoins de l’un des plus importants monastères du Midi de la France. A partir de 1868, s’y installa la congrégation des sœurs Victimes du Cœur de Jésus, puis en 1913 le peintre Louis Yperman, connu pour la restauration des fresques du Palais des Papes, qui souhaitait y créer un orphelinat. C’est à cette époque que son ami Emile Bernard exécuta ses peintures murales à l’abbaye.

Roseline-Bacou

C’est fin 1915, lors d’un séjour à Villeneuve, qu’Elsa Koeberlé découvrit Saint-André qui deviendra le cadre de son existence de 1916 à sa mort en 1950. Fille du docteur Koeberlé, collectionneur et ami d’artistes comme Bourdelle, à 21 ans, elle publie son premier recueil de poèmes. Ayant pu quitter l’Alsace en 1914, Elsa Koeberlé rencontrera en 1916 Gustave Fayet qui lui achètera l’abbaye Saint-André en août 1916. Languedocien, né à Béziers en 1865, Gustave Fayet, peintre, céramiste célèbre collectionneur des œuvres de Van Gogh, Gauguin et Redon, a acheté en 1908 l’Abbaye cistercienne de Fontfroide près de Narbonne. Après la victoire, Elsa Koeberlé consacrera toute sa fortune à la remise en état de l’abbaye, sans vouloir jamais modifier, par reconnaissance pour l’aide apportée, son statut de « locataire à vie » de Gustave Fayet. Elle sera épaulée dans sa tâche par une amie venue la rejoindre, Génia Lioubow qui mourut en 1944, laissant une œuvre importante de peintre et de dessinateur. A partir de 1950, les importants travaux de restauration furent continués par Roseline Bacou, petite fille de Gustave Fayet et conservateur au cabinet des Dessins du Louvre, avec l’appui des Monuments Historiques, les bâtiments et les jardins ayant été classés en 1947. Passionnée, elle se consacrera à la mise en valeur de l’abbaye Saint-André et ses jardins qu’elle ouvre pour la première fois aux visiteurs en 1990. Après sa disparition en février 2013, sa famille perpétue son œuvre avec autant d’énergie et d’attachement à ces lieux.

A noter : Le Millénaire de la fondation de l’Abbaye en 999 a été célébré par un Colloque du 24 au 26 septembre 1999, dont les Actes ont été publiés en 2000.